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ETRE NOIR, LA MÉLANINE CETTE BENEDICTION DIVINE

www.la-melanine-une-benediction.com

SITE EN COURS DE RENOVATION


[email protected] En anglais www.melanin-a-blessing.com


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Lisez le livre ''Les Noirs 1ers Européens''2

Vendu par la librairie Tamery à Paris. Librairie générale Guadeloupe La vraie Histoire des Noirs en Europe. 5è édition

« Le maniement du passé est un instrument de pouvoir: le vainqueur pour légitimer ses conquêtes, l’oppresseur pour justifier sa violence altèrent, maquillent le passé de leurs victimes » Source: B Saint-Sernin: l’Action Politique selon Simone Weil pp53


-Il y a deux Histoires: l'histoire officielle, menteuse qu’on enseigne; puis l'histoire secrète, où sont les véritables causes des évènements : une histoire honteuse " (Honoré de Balzac, écrivain)


Nous Noirs devons IMPERATIVEMENT SAVOIR que nous sommes victimes depuis le 18è siècle de la part des leucodermes (les blancs) de la plus vaste et monstrueuse usurpation d’identité de nos rois, reines et personnages célèbres d’Europe, que l’Histoire ait jamais connue. Nous sommes aussi victimes de la plus grande et diabolique falsification de l’Histoire jamais réalisée. Les leucodermes ont réalisé ce travail diabolique de maquillage et de crimes à l’aide de leurs sociétés secrètes mondialement présentes.


La connaissance de son passé, de sa culture ne sont-ils pas les 1ères formes de résistance à l'exploitation et à l’oppression ?

TRAITE NEGRIERE ET ESCLAVAGE

Vaisseau négrier

LES CAUSES DE LA TRAITE NÉGRIÈRE ET DE L’ESCLAVAGE COLONIAL (CM98.FR)

La traite négrière atlantique débute au 15e siècle lorsque les Portugais commencent à acheter des hommes sur les côtes d’Afrique qu’ils explorent alors.

l’Europe négrière

La plupart des nations européennes ont participé à la traite atlantique et ont contribué à l’esclavage colonial :

– soit par l’organisation d’expéditions négrières,

– soit par le financement d’expéditions (comme la Suisse par exemple),

– soit en produisant des marchandises destinées au commerce sur les côtes africaines et à l’achat de captifs ou au fonctionnement des plantations.

Quelques pays ont été particulièrement actifs dans l’organisation d’expéditions négrières :

Pays et  Expéditions négrières

Angleterre 41%

Portugal 39%

France 13%

Hollande 5,7%

Danemark 1,2%

Liverpool, le plus grand port négrier européen, fut à l’origine de 4894 expéditions, plus que tous les ports français réunis.

Plus de dix millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont été déportés du XVIe au XIXe siècle par les puissances occidentales, des côtes d’Afrique vers leurs colonies d’Amérique et de l’Océan indien, pour être mis en esclavage. Ces puissances étaient principalement la Grande-Bretagne, la France, le Portugal, l’Espagne, la Hollande et le Danemark.

Les bateaux négriers français, partis des ports de Nantes, Bordeaux, La Rochelle ou encore Le Havre, ont charrié de 1625 à 1848, des dizaines de millions d’Africains. En Amérique, ils ont été asservis principalement dans les colonies de Saint-Domingue, l’actuelle Haïti, de la Martinique, de la Guadeloupe, de Sainte-Lucie, et de la Guyane où les autochtones, les Amérindiens, ont été décimés par les Français. Dans l’Océan Indien, ils ont été mis en esclavage sur l’Ile Bourbon et l’Ile de France, appelées aujourd’hui la Réunion et Maurice.

Les esclavagistes inventèrent des raisons scientifiques et morales pour justifier leurs actes. Ils en appelèrent à l’infériorité naturelle des nègres et s’appuyèrent sur la Bible. Ils disaient devoir convertir les Africains au christianisme pour sauver leurs âmes. Mais la véritable raison qui a motivé le commerce du « Bois d ’ébène » et l’esclavage était le profit. Il fallait une main d’œuvre nombreuse et résistante pour produire le sucre de canne, le café, le coton, le tabac, l’indigo… toutes les denrées coloniales qui ont enrichi durablement l’Europe.


La Traite négrière & le commerce triangulaire au XVIII.e siècle ww2.ac-poitiers.fr

Etape 1 : départ de France : Les navires sont préparés par les armateurs (équipages, voiles…) et partent en direction de l’Afrique chargés de « pacotilles » (armes, alcools, tissus…). La vie des marins est très dure à bord : manœuvrer les voiles, laver le navire, une nourriture médiocre, les maladies comme le scorbut… Etape 2 : traite en Afrique : Les esclaves noirs sont capturés dans les les tribus africaines et amenés de force jusqu’aux forts des Européens négriers sur la côte atlantique. Les esclaves sont échangés contre des « pacotilles » (armes, alcools, tissus…) et embarqués sur les navires négriers en direction des Amériques. Etape 3 : traversée de l’Atlantique : Les esclaves noirs sont entassés dans les cales des navires négriers dans la chaleur et la puanteur. Ils sont marqués au fer rouge et sont fouettés. Beaucoup tombent malades et meurent pendant la traversée. Ils sont traités comme de la marchandise humaine : ils n’ont qu’une valeur marchande. Etape 4 : vente et statut en Amérique : Les esclaves sont vendus aux enchères en Amérique. Les familles sont séparées. Ils appartiennent alors à un maître blanc qui les fait travailler dans des plantations, à domicile ou dans des mines. Ils sont considérés comme des animaux : le maître doit les nourrir mais peut en faire ce qu’il veut. Etape 5 :Vie des esclaves dans les plantations : Les esclaves vivent dans des petites cases sans confort. Ils travaillent toute la journée dans des conditions très inhumaines. S’ils désobéissent au maître ils sont fouettés et maltraités (chaînes, masques de fer…). Un esclave qui tente de s’enfuir risque la mort. Etape 6: Retour des navires vers la France : Les négriers blancs achètent des produits coloniaux (sucre, café, tabac…) avec l’argent de la Traite. Ces marchandises sont revendues en France au bénéfice des négociants et des armateurs : certains font fortune. Les simples marins sont peu payés. Révoltes et fin de la Traite : Les esclaves se révoltent parfois sur les navires et dans les plantations. En France, plusieurs intellectuels condamnent l’esclavage comme une honte. La révolte de la colonie de Saint-Domingue en 1791 aboutit à l’indépendance de l’île sous le nom d’Haïti en 1804. La France abolit une 1e fois l’esclavage pendant la Révolution en 1794, mais l’abolition définitive est proclamée en 1848.


« Voici comment les esclaves sont traités. Au point du jour, trois coups de fouet sont le signal qui les appelle à l’ouvrage. Chacun se rend avec sa pioche dans les plantations, où ils travaillent, presque nus, sous l’ardeur du soleil. On leur donne pour nourriture du maïs broyé, cuit à l’eau, ou des pains de manioc ; pour habit, un morceau de toile. À la moindre négligence, on les attache, par les pieds et par les mains, sur une échelle ; le commandeur, armé d’un fouet de poste, leur donne sur le derrière nu cinquante, cent, et jusqu’à deux cents coups. Chaque coup enlève une portion de la peau. Ensuite on détache le misérable tout sanglant ; on lui met au cou un collier de fer à trois pointes, et on le ramène au travail. Il y en a qui sont plus d’un mois avant d’être en état de s’asseoir. Les femmes sont punies de la même manière. Le soir, de retour dans leurs cases, on les fait prier Dieu pour la prospérité de leurs maîtres. » Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, « Lettre sur les Noirs », Voyage à l’Îsle de France, 1773. (Cité dans Archéologie de l’esclavage colonial — Dossier pédagogique)


Le Code noir ; En mars 1685, Colbert ministre du Roi Louis 14, promulgue le Code noir qui instaure le cadre législatif et le statut légal de l’esclave dans la société française. Ce texte fait de l’esclave « un être de Dieu » et en même temps un bien meuble. Extraits : Article 12 : Les enfants qui naîtront de mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, et non à ceux de leur mari, si le mari et la femme ont des maîtres différents. Article 38 : L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lys sur une épaule ; s’il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d’une fleur de lys sur l’autre épaule ; et la troisième fois, il sera puni de mort. Article 44 : Déclarons les esclaves être meubles, et comme tel entrer en la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager entre les cohéritiers sans préciput ni droit d’aînesse, ni être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni aux retranchements des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort ou testamentaire.

Conséquences de la traite négrière sur l’Afrique :Insécurité permanente et croissante.


Entre le milieu du XVIe siècle et le milieu du XIXe siècle, la population subsaharienne s’est donc réduite de quelque quatre cents millions. Sur ce total, le pourcentage de ceux qui ont été déportés, à partir des côtes et du Sahel, est impossible à préciser en raison de l’importance des fraudes et du nombre très élevé de clandestins, avant et après l’interdiction de la traite. Diverses sources et recherches conduisent à augmenter de plus de 50 % les chiffres officiels pour ce qui est de la traite européenne (13). Les évaluations de la traite arabe sont aussi aléatoires. Pour donner un ordre de grandeur, disons que le chiffre, pour les deux traites additionnées, doit se situer entre vingt-cinq et quarante millions. Il reste encore très discuté, mais il est certain que les faibles évaluations ne tiennent pas compte de l’énormité des dissimulations. Les neuf dixièmes des pertes totales, au moins, se sont produites en Afrique même, ce qui s’explique par l’extraordinaire durée d’une grave insécurité permanente et croissante sur l’ensemble du territoire, du fait du cumul des effets destructeurs, directs et indirects, des deux traites simultanées de plus en plus intensives.

Une guerre de Cent Ans qui a duré trois cents ans, avec les armes de la guerre de Trente Ans, puis des siècles suivants. La conquête et l’occupation coloniale, ainsi facilitées, ont incrusté l’extraversion, tant culturelle qu’économique, et rendu particulièrement problématique la restructuration de l’ensemble subsaharien et de chacune de ses régions. Il n’y a qu’une dizaine d’années que l’Afrique noire a recouvré le niveau de population qu’elle avait au XVIe siècle, mais de façon très déséquilibrée par la congestion des capitales.

Les conséquences des traites sont lourdes et pernicieuses, mais beaucoup n’en mesurent pas l’importance.

LOUISE MARIE DIOP-MAES

Docteure d’Etat en géographie humaine, auteure d’Afrique noire, démographie, sol et histoire, Présence africaine-Khepera, Dakar-Paris, 1996.

La traite a eu des conséquences considérables sur le continent noir, tant en ce qui concerne sa démographie que ses structures et son développement économiques. Le présent en porte les traces.

Traite négrière, capture des noirs en Afrique 

Vaisseau négrier, Disposition des noirs 

Commerce triangulaire

AU XVIe siècle, dans la plupart des régions d’Afrique subsaharienne, il existait des villes considérables pour l’époque (soixante mille à cent quarante mille habitants ou plus), de gros villages (mille à dix mille habitants), souvent dans le cadre de royaumes et d’empires remarquablement organisés, et aussi des territoires à habitat dispersé dense. C’est ce que révèlent les vestiges et les fouilles archéologiques ainsi que les sources écrites, tant externes (arabes et européennes, antérieures au milieu du XVIe siècle) qu’internes (chroniques autochtones rédigées en arabe, langue de la religion comme le latin en Europe). L’agriculture, l’élevage, la chasse, la pêche, un artisanat très diversifié (métallurgie, textile, céramique, etc.), la navigation fluviale et lacustre, le commerce proche et lointain, avec monnaies spécifiques, étaient très développés et actifs.

Le niveau intellectuel et spirituel était analogue à celui de l’Afrique du Nord à la même époque. Le grand voyageur arabe du XIVe siècle, Ibn Battuta, loue la sécurité et la justice qu’on trouve dans l’empire du Mali. Avant l’utilisation des armes à feu, la traite arabe était restée marginale par rapport à l’activité économique et au volume de la population.

A partir du XVIe siècle, la situation s’aggrava singulièrement. Grace aux armes à feu, les Portugais pénètrent le Congo, au sud de l’embouchure, ils conquièrent l’Angola, attaquent les principaux ports de la côte orientale et les ruinent, pénètrent dans l’actuel Mozambique. Les Marocains attaquent l’empire songhaï, qui résiste pendant neuf ans. Les agresseurs disposent d’armes à feu, alors que les Subsahariens n’en ont pas. Des milliers d’habitants sont tués ou capturés et réduits en esclavage. Les vainqueurs s’emparent de tout : hommes, animaux, provisions, objets précieux...

Royaumes et empires sont disloqués, émiettés en principautés amenées à se faire la guerre de plus en plus souvent afin d’avoir des prisonniers qui pourront être échangés, notamment contre des fusils, indispensables pour se défendre et pour attaquer. Il en résulte des déplacements de populations provoquant de nouveaux heurts, des regroupements dans des sites refuges, la propagation d’un état de guerre latent jusqu’au cœur du continent. Les razzias se multiplièrent au point d’atteindre le chiffre de quatre-vingts par an, au début du XIXe siècle, au nord-est de la Centrafrique, d’après le lettré tunisien Mohammed el-Tounsy, qui voyageait au Darfour et en Ouaddaï (actuel Tchad) à cette époque (2). Le pourcentage des captifs par rapport à l’ensemble de la population s’accroît donc continuellement entre le XVIIe siècle et la fin du XIXe, et des « districts autrefois densément peuplés furent reconquis par la brousse » ou la forêt (3).


Une catégorie sociale malfaisante

Tout le tissu socio-économique et politico-administratif qui s’était constitué fut progressivement perverti puis ruiné. Les gens furent souvent réduits à l’autosubsistance dans des sites de défense difficiles à cultiver et à alimenter en eau. Une régression énorme dans tous les domaines. Le sort des captifs empira. Une nouvelle classe ou catégorie sociale malfaisante apparut : celle des courtiers, des gardes-chiourmes caravaniers, des interprètes intermédiaires, des avitailleurs... les « collabos » de l’époque. Certains princes essayèrent en vain de s’opposer à ce commerce grandissant des êtres humains. Mais le roi du Portugal répondit négativement aux lettres de protestation du roi du Congo, Alfonso, pourtant converti au christianisme. L’un des successeurs de ce dernier fut réduit au silence par les armes. De même en Angola. Le comptoir français au Sénégal fournit des armes aux Maures pour qu’ils attaquent le damel (4), qui refusait le passage des caravanes d’esclaves. C’est donc bien la sollicitation extérieure qui provoqua une grande extension et la prolifération de l’esclavage en Afrique noire.

Au départ, les rois livraient seulement les condamnés à mort. Mais les Portugais voulurent des effectifs importants, qu’ils prirent eux-mêmes en attaquant sans autre motif. Dès 1575-1580, Dias Novais, premier gouverneur de l’Angola, expédiait les captifs à raison de douze mille par an en moyenne (5). C’est deux fois plus, à partir du seul Angola, que toute la traite transsaharienne à la même époque si l’on se réfère, par exemple, aux chiffres retenus par l’historien américain Ralph Austen.

Au XVIIe siècle et surtout au XVIIIe, la plupart des armateurs européens s’adonnent à cette traite qui rapporte gros, principalement les Hollandais, les Anglais et les Français. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, des chiffres énormes sont atteints (lire « Une approche globale du commerce triangulaire ») : sauf dans les années de guerres franco-anglaises, des centaines et des centaines de navires embarquent cent cinquante mille à cent quatre-vingt-dix mille captifs par an selon les années (6). L’insécurité croissante et généralisée dans la plupart des régions multiplia les disettes, les famines, les maladies locales et plus encore les maladies importées, particulièrement la variole. Les endémies s’installèrent et les épidémies fleurirent.


Razzias et guerres intestines

Il y a donc lieu d’additionner tous ceux qui sont morts lors des attaques, pendant les transferts de l’intérieur vers les points de départ et dans les entrepôts ; les suicidés et les révoltés tués au moment de l’embarquement ; les morts imputables à la multiplication des razzias et des guerres intestines engendrées par la dislocation des entités politiques, par la fuite des populations, par la volonté accrue de faire des prisonniers ; les morts de faim (récoltes et réserves ayant été pillées) et de maladies de toutes sortes ; les morts dus à l’introduction des armes à feu et des alcools frelatés, à la régression de l’hygiène et des savoirs acquis..., tous ces morts auxquels s’ajoutent les captifs et captives arrachés au sous-continent. On voit que ce déficit démographique dépasse largement le nombre des naissances viables, lui-même forcément en diminution. Et il faudrait encore tenir compte des « manques à naître ». Comme pendant la guerre de Cent Ans, qui fit perdre à la France la moitié de sa population, la diminution s’est faite de façon irrégulière et différemment selon les régions. Elle s’est fortement accentuée à partir de la fin du XVIIe siècle. Dès le milieu du XVIIIe, la diminution globale fut massive et rapide.

Est-il possible d’évaluer cette diminution ? Pour mesurer les effets démographiques de la guerre de Cent Ans en France, on a comparé le nombre de « feux allumants » (c’est-à-dire de maisons habitées) existant avant cette guerre au nombre de ceux comptabilisés après. Certes, pas plus qu’en Inde, on ne dispose ici de registre de baptêmes, mais on sait, d’après les voyageurs et explorateurs du XIXe siècle, qu’en Afrique occidentale les plus grandes agglomérations n’avaient plus que trente mille à quarante mille habitants. Elles étaient donc environ quatre fois moins importantes que les plus grandes villes du XVIe siècle.

D’après les mêmes témoignages, on peut observer que la différence était encore plus grande pour la population rurale ou pour le nombre de combattants qu’un prince ou un chef de guerre pouvait aligner. Le rapport approximatif de quatre à un, observé en Afrique occidentale, est-il représentatif de la diminution de l’ensemble de la population de l’Afrique noire entre le XVIe et le XIXe siècle ? Du cap des Palmes (7) au sud de l’Angola, les pertes furent plus élevées encore. Gwato, le port du royaume de Bénin (actuel Nigeria), comptait deux mille feux lors de l’arrivée des Portugais et n’en avait plus que vingt à trente quand les explorateurs du XIXe y surgirent (8). L’historien américain William G. Randles montre que la population de l’Angola avait également été réduite dans de très grandes proportions (9). En revanche, les régions du Tchad sont restées assez bien peuplées jusque vers 1890 (villages de trois mille habitants en 1878).

Dans le Soudan actuel, le dépeuplement commence avec la domination esclavagiste du pacha d’Egypte Méhémet-Ali, en 1820. En Afrique orientale, les hauts plateaux, comme au Rwanda et au Burundi, restent densément peuplés, environ cent habitants au kilomètre carré, contrairement à ce qu’il en était dans la région du lac Malawi (ex-lac Nyassa). En Afrique du sud, dès la première moitié du XIXe siècle, l’action des Anglais s’ajoute à celle des Boers (10) pour décimer les peuples autochtones. Dans l’ensemble, il paraît raisonnable de considérer que la population d’Afrique noire était, au XIXe siècle, trois à quatre fois moindre qu’au XVIe.

Mais peut-on connaître l’importance de la population d’Afrique noire vers le milieu du XIXe siècle ? La conquête coloniale (artillerie contre fusils de traite), le travail forcé multiforme et généralisé, la répression des nombreuses révoltes, la sous-alimentation, les diverses maladies locales et, de nouveau, les maladies importées et la continuation de la traite orientale ont encore réduit la population qui restait d’environ un tiers, jusqu’en 1930. A cette date, des mesures administratives et sanitaires ont amorcé le redressement démographique qui s’est réalisé très progressivement.

Cette évaluation a été possible car, avec la présence européenne à l’intérieur des territoires, certaines indications statistiques se sont ajoutées aux sources narratives (11). En 1948-1949, un recensement général et coordonné a été effectué dans toute l’Afrique subsaharienne. Après correction pour défaut de déclaration, la population a été évaluée entre cent quarante et cent quarante cinq millions de personnes, approximativement. Compte tenu de l’accroissement enregistré entre 1930 et 1948-1949, on peut estimer qu’en 1930 la population se chiffrait entre cent trente et cent trente-cinq millions d’individus, lesquels représentent donc les deux tiers de la population approximative des années 1870-1890, évaluée ainsi à environ deux cents millions. On en conclut que la population était au XVIe siècle de l’ordre de six cents millions au moins (soit une moyenne d’environ trente habitants au kilomètre carré) selon le résultat de mes recherches. Les chiffres anciens de trente à cent millions étaient totalement imaginaires, ainsi que l’a montré Daniel Noin, ex-président de la commission population de l’Union géographique internationale (12).


Insécurité permanente et croissante

Entre le milieu du XVIe siècle et le milieu du XIXe siècle, la population subsaharienne s’est donc réduite de quelque quatre cents millions. Sur ce total, le pourcentage de ceux qui ont été déportés, à partir des côtes et du Sahel, est impossible à préciser en raison de l’importance des fraudes et du nombre très élevé de clandestins, avant et après l’interdiction de la traite. Diverses sources et recherches conduisent à augmenter de plus de 50 % les chiffres officiels pour ce qui est de la traite européenne (13). Les évaluations de la traite arabe sont aussi aléatoires. Pour donner un ordre de grandeur, disons que le chiffre, pour les deux traites additionnées, doit se situer entre vingt-cinq et quarante millions. Il reste encore très discuté, mais il est certain que les faibles évaluations ne tiennent pas compte de l’énormité des dissimulations. Les neuf dixièmes des pertes totales, au moins, se sont produites en Afrique même, ce qui s’explique par l’extraordinaire durée d’une grave insécurité permanente et croissante sur l’ensemble du territoire, du fait du cumul des effets destructeurs, directs et indirects, des deux traites simultanées de plus en plus intensives.

Une guerre de Cent Ans qui a duré trois cents ans, avec les armes de la guerre de Trente Ans puis des siècles suivants. La conquête et l’occupation coloniale, ainsi facilitées, ont incrusté l’extraversion, tant culturelle qu’économique, et rendu particulièrement problématique la restructuration de l’ensemble subsaharien et de chacune de ses régions. Il n’y a qu’une dizaine d’années que l’Afrique noire a recouvré le niveau de population qu’elle avait au XVIe siècle, mais de façon très déséquilibrée par la congestion des capitales.

Les conséquences des traites sont lourdes et pernicieuses, mais beaucoup n’en mesurent pas l’importance.

LOUISE MARIE DIOP-MAES

Docteure d’Etat en géographie humaine, auteure d’Afrique noire, démographie, sol et histoire, Présence africaine-Khepera, Dakar-Paris, 1996.